A l’instar des autres pays africains, le Niger a célébré le mercredi 16 juin 2021, la 30ième édition de la Journée de l’Enfant Africain (JEA) placée sous le thème : « 30 ans après l’adoption de la Charte africaine des Droits et du Bien-être de l’enfant : accélérons la mise en œuvre de l’Agenda 2040 pour une Afrique digne de ses enfants ».

A l’occasion de cette 30ième édition de la JEA, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant a organisé un panel d’échanges entre les enfants et des membres du gouvernement, en collaboration avec les organisations en charge de la promotion des droits de l’Enfant dont le Fonds des Nations Unie pour l’Enfance (UNICEF). Cette face à face initiée le mercredi 16 juin 2021 au Palais des Congrès de Niamey, a permis aux enfants d’interpeller directement certains ministres sur les questions relatives aux Droits de l’Enfant et aux engagements du gouvernement liés au bien-être des enfants nigériens.

Rappelons que la Journée de l’Enfant Africain a été instituée en 1991 par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) qui est aujourd’hui devenue l’Union Africaine (UA), pour saluer la mémoire des enfants de Soweto en Afrique du Sud, tombés sous les balles du régime de l’Apartheid, lors d’une manifestation pacifique destinée à réclamer des meilleures conditions d’études.

« Le Niger compte un total de 8.999 écoles »

Lors de cette rencontre entre les enfants et les membres du gouvernement, Chamsya Aboubacar, âgée de 18 ans et élève en classe de seconde, s’est adressée au ministre de l’Education Nationale, Dr Rabiou Ousman, en s’intéressant à l’engagement du gouvernement à bannir les classes en paillote suite à l’incendie survenu dans une école du quartier Pays bas de Niamey qui a coûté la vie à une vingtaine d’enfants. Chamsya Aboubacar a également évoqué le manque d’école dans certains villages privant des milliers d’enfants de leur droit à l’éducation.

En réponse aux préoccupations de Chamsya Aboubacar, le ministre de l’Education nationale a indiqué que le gouvernement a pris toutes les dispositions pour que l’école concernée soit reconstruite. Selon le ministre, avec le soutien de l’UNICEF, les 28 classes en paillotes brûlées dans l’incendie de l’école du quartier Pays bas, seront reconstruites et équipées. Dr Rabiou Ousmane, tout en renseignant que notre pays compte actuellement 36.000 classes en paillote, a aussi rappelé l’engagement du Président de la République, Mohamed Bazoum, à éradiquer progressivement ce type de classe. Il a annoncé à cet effet, qu’un atelier est prévu pour bientôt à Dosso pour déterminer le modèle d’école à construire, moins couteux et adapté à notre climat, en vue de concrétiser cet engagement du Président de la République. Des promoteurs et de bonnes volontés se sont également manifestés pour accompagner le gouvernement afin d’éradiquer ces classes paillotes, selon le ministre. « Nous allons nous atteler à réduire progressivement le nombre de ces classes paillotes et le Président de la République s’y est engagé personnellement», a-t-il réitéré.

« Tous les villages administratifs sont dotés d’une école. Ce qui fait un total de 8.999 écoles au Niger », a indiqué Dr Rabiou Ousmane, en réponse à la question relative au manque d’école dans certaines localités. « Mais, il se trouve qu’il y a des hameaux et des habitats dispersés qui ne disposent pas d’école », a reconnu le ministre. Ainsi, « le gouvernement prend toutes les dispositions nécessaires pour que ces villages soient dotés d’école », a-t-il rassuré. Dans le même ordre d’idée, Dr Rabiou Ousmane a souligné que, le gouvernement a adopté une stratégie visant à créer des centres de regroupement pour les zones nomades et les villages à effectifs réduits, dans le cadre de l’élaboration de la nouvelle carte scolaire.

Une réalité qu’on ne peut pas occulter

Nasser Aboubacar, un élève en classe de 4ième âgé de 15 ans, a pour sa part, interpellé le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, Dr Ibrahim Boukary, sur le cas des enfants déscolarisés n’ayant pas accès aux soins en cas de maladie et qui sont obligés de travailler pour subvenir à leurs besoins et parfois de leurs familles. Pour le ministre Ibrahim Boukary, la situation de ces enfants déscolarisés obligés de travailler pour se nourrir et même nourrir les autres membres de la famille, constitue dans notre pays une réalité qu’on ne peut occulter. Dr Ibrahim Boukary a évoqué un certain nombre de mesures prises par son département ministériel notamment sur le plan juridique, en vue d’éradiquer ce fléau au Niger. « Il y a d’abord les Conventions internationales que le Niger a ratifiées, notamment, la Convention 138 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui définit l’âge minimal pour accéder à un emploi, qui est de 15 ans. Le Niger pour s’adapter à ses réalités a ramené cet âge à 14 ans. Il y a ensuite, la Convention 182, qui lutte contre le travail avilissant de l’enfant », a expliqué le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale. « Sur le plan national, le ministère est actuellement en train de finaliser le plan d’actions sur la lutte contre le travail de l’enfant », a-t-il poursuivi. « Dans mon message, la veille de cette journée internationale le 11 juin dernier, nous avons dit qu’il est temps de passer de la parole à l’acte, alors je peux vous garantir que très bientôt le Niger va passer à l’acte », a rappelé Dr Ibrahim Boukary. Aussi, selon le ministre, une fois que le plan d’actions élaboré est adopté, les inspections de travail vont être outillées pour aller partout où il y aura le besoin pour imposer à ce que les différentes structures qui font travailler les enfants respectent ces dispositions. « À défaut, la loi sera là pour les obliger à le faire », a-t-il averti. Il a par ailleurs notifié que par le passé, le ministère avec les partenaires au développement a suscité avec celui de l’Education nationale, la création des écoles dans des zones où des familles se sont installées comme les sites d’orpaillage pour permettre aux enfants qui sont sur ces sites d’être scolarisés. Enfin, « le gouvernement est en train de mettre l’accent pour que les conditions descentes soient créées un peu partout au bénéfice de la population nigérienne. », a rassuré Dr Ibrahim Boukary.

« Il y a deux (2) catégories d’enfants dans la rue »

Quant à Maimouna Adamou Abdou, âgée de 17 ans et élève en classe de première, elle s’est adressée à la ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant, Mme Allahoury Aminata Zourkaleini. Maimouna Adamou Abdou s’est intéressée aux raisons de la persistance et l’amplification du phénomène des enfants de rue et de la mendicité. La fille de 17 ans a également interrogé Mme Allahoury Aminata Zourkaleini sur les mesures prises par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant pour lutter contre le viol, la maltraitance, le châtiment corporel et la négligence à l’égard des enfants.

La ministre a d’abord précisé qu’il y a deux (2) catégories d’enfants dans la rue : il y a les enfants dans la rue et il y a les enfants de la rue. En effet, « les enfants dans la rue, ce sont les enfants qui passent tout leur temps dans la rue, mais qui gardent contact avec leurs parents puisque généralement ils passent la journée dans la rue et le soir, ils regagnent le domicile familial. Pour les cas des enfants de la rue, ce sont ceux qui ont rompu définitivement avec leurs parents et qu’on retrouve généralement au niveau des différents carrefours de la ville où ils ont élu domicile », a expliqué la ministre. Les causes de ce phénomène sont nombreuses, selon Mme Allahoury Aminata Zourkaleini. « Les enfants sont dans la rue parce que, souvent, c’est une question de survie. Ils vendent des bricoles dans la rue pour survivre et parfois, ce sont même les parents qui les envoient pour satisfaire leurs propres besoins élémentaires qui sont de manger et de boire. Ce sont des enfants qui sont le plus souvent issus des familles pauvres », a-t-elle laissé entendre. De même, « certains vivent plutôt dans la rue parce qu’ils ne sont pas du tout en sécurité avec leurs parents en raison de certains problèmes sociaux comme les questions de maltraitance, les questions de divorce ou souvent le décès d’un des membres de la famille et parfois même les deux parents carrément ne vivent plus », a-t-elle ajouté.

Mme Allahoury Aminata Zourkaleini n’a pas manqué d’évoquer le cas des enfants dans la rue qui sont victimes d’exploitation économique par certains adultes. « Quand vous prenez le cas des talibés, ce sont pour la plupart des marabouts qui les poussent dans la rue pour chercher de quoi manger. Si par le passé, c’était vraiment de la nourriture que ces enfants partent chercher, de concession en concession, aujourd’hui c’est devenu plutôt la recherche de l’argent pour aller le reverser à un maître qui les attend », a-t-elle illustré. Lors de ces échanges, la ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant a également mentionné le cas des enfants qui mendient avec certains parents. « Le plus souvent vous verrez l’enfant, à côté d’un parent handicapé comme les aveugles et, il y a même souvent des enfants qui sont poussés à faire des petits vols et c’est vraiment malheureux », a-t-elle déploré. « Les services de protection font de leur mieux pour qu’il y ait de moins en moins d’enfants dans la rue, mais il faut voir le problème de façon multisectoriel », a-t-elle notifié. « Ce problème des enfants concerne plusieurs structures ou institutions et en même temps, il faut sensibiliser pour pouvoir l’éradiquer », a préconisé la ministre.

S’agissant de la lutte contre le viol, la maltraitance, le châtiment corporel ou la négligence des enfants, Mme Allahoury Aminata Zourkaleini a annoncé qu’au niveau de son département ministériel, des campagnes de sensibilisation sont menées pour un meilleur changement de comportement des populations. Aussi, selon Mme Allahoury Aminata Zourkaleini, le ministère a créé des centres de prévention, de protection et de promotion qui sont chargés d’ intensifier les sensibilisations en prenant en charge les cas des enfants qui sont déjà victimes de violences ou de maltraitance. De même, avec l’appui des partenaires, d’autres initiatives sont mises en œuvre, notamment les approches communautaires ILLIMI et ACP (Approche Communautaire de Protection de l’enfant) ainsi que l’initiative Spotlight qui est spécifiquement dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Toutefois, « c’est vraiment ensemble que nous devons lutter contre toutes ces formes de violence et trouver une solution pour y remédier », a conclu la ministre en charge de la Protection de l’Enfant.

Accroitre l’accès aux soins de base des populations

De son côté, âgé de 14 ans, Kenal Tanimoune, a souhaité être édifié par le ministre de la Santé publique de la Population et de l’Action sociale, Dr Idi Illiassou Mainassara, sur les raisons des difficultés constatées dans la mise en œuvre de l’initiative de gratuité des soins pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes et sur la prise en charge des relais communautaires dans les villages.

« L’Etat, malgré les moyens limités, débloque chaque année 2 à 3 milliards dans le cadre de la gratuité », a répondu le ministre, tout en reconnaissant les difficultés entravant l’effectivité de cette politique adaptée par le Niger avant les autres pays membre de la CEDEAO. « L’Etat et ses partenaires mettent à la disposition des formations sanitaires certains produits pour assurer cette gratuité tout en continuant à sensibiliser les agents de santé pour que cette initiative soit effective », a également rassuré Dr Idi Illiassou Mainassara. Concernant la seconde question à lui posée par Kenal Tanimoune, le ministre de la Santé publique de la Population et de l’Action sociale a rassuré que le gouvernement est en train de prendre les mesures nécessaires pour la prise en charge des Agents de Santé de Base (ASB). Il n’a pas manqué de rappeler à cet effet, les recrutements massifs faits par l’Etat ces dernières années pour accroitre l’accès aux soins de base des populations.

Boubacar Hamani LONTO